| 1. Violence subie → détection de la menace altérée | Enfants exposés à la violence familiale : insula antérieure et amygdale plus réactives aux visages en colère, pas aux visages tristes. Les auteurs proposent deux lectures : une adaptation à un danger réel, ou un facteur de risque latent (McCrory et al., 2011). | La violence subie règle à la hausse la détection de la menace. | Le prolongement en fermeture à l'information chez l'adulte. |
| 2. Menace → raisonnement orienté | Une conclusion désirée oriente la recherche et l'évaluation des raisons (Kunda, 1990). | Quand reconnaître un fait menace, l'esprit raisonne vers ce qui protège. | Kunda ne dit pas d'où vient la motivation. |
| 2bis. Baisser la menace desserre la défense | Affirmer sa valeur réduit certaines réactions défensives. Pour la peine de mort, les participants affirmés ont été moins critiques envers l'étude et ses auteurs. Pour l'avortement, l'effet a porté sur le jugement des personnes qui débattaient, pas sur celui des preuves (Cohen et al., 2000 ; Sherman & Cohen, 2002). | La sécurité desserre la défense : c'est la signature d'une défense. | Que l'affirmation de soi équivaille à la sécurité retrouvée après une blessure. |
| 3. Honte → blâme détourné | La propension à la honte est corrélée à la colère, à la méfiance et au blâme d'autrui. La culpabilité « sans honte » est inversement liée à l'externalisation du blâme (Tangney et al., 1992). | La honte rejette la responsabilité ; la culpabilité saine la reprend. | Ce sont des corrélations. Il reste à montrer que la honte vient elle-même d'une blessure. |
| 4. Les gestes de la déresponsabilisation | Le désengagement moral : déplacer et diluer la responsabilité, minimiser les conséquences, blâmer la victime, déshumaniser (Bandura, 2002 ; 2016). | Les quatre gestes du Biais recoupent ces mécanismes. | Bandura ne parle pas d'origine traumatique. |
| 5. Violence subie → violence infligée | Sur 309 enfants, la maltraitance physique précoce prédit l'agressivité ultérieure, même en tenant compte de la pauvreté, de la violence conjugale, de la santé et du tempérament. Les auteurs proposent un traitement déviant de l'information sociale comme explication (Dodge et al., 1990). | Un chemin documenté relie la violence subie, les interprétations faussées et la violence infligée. | Ni nécessaire chez chacun, ni origine exclusive. |
| 6. Dépendance → cécité à la trahison | Quand on dépend de celui qui trahit, ne pas voir la trahison protège le lien nécessaire. La peur et la trahison sont deux dimensions distinctes (Freyd ; DePrince, 2001). | Le biais protège aussi un lien dont on dépend. | La persistance chez l'adulte. |
| 7. La domination peut devenir récompense | Chez la souris, environ 70 % des mâles adultes attaquent un congénère plus jeune. Ces agresseurs reviennent ensuite volontiers à l'endroit où ils ont attaqué, ce qu'on lit comme une récompense ; les non-agresseurs, eux, l'évitent. Un circuit cérébral précis règle cette récompense dans les deux sens (Golden et al., Nature, 2016). Chez l'humain, une étude a pour titre « The pleasure of revenge: retaliatory aggression arises from a neural imbalance toward reward » (Chester & DeWall, 2016). | La domination peut fonctionner comme une récompense compensatoire. Le Biais, qui protège cette compensation, peut se lire comme une addiction exogène à la domination. | Chez l'humain, les critères d'une addiction (perte de contrôle, poursuite malgré les conséquences, besoin d'augmenter, rechute) ne sont pas établis pour la domination. C'est la proposition propre du modèle. |
| 8. Plus on est biaisé, plus on est violent | Une méta-analyse de 41 études (6 017 participants) trouve une association robuste entre le biais d'attribution hostile (lire de l'hostilité là où il n'y en a pas) et le comportement agressif. La force de cette association varie beaucoup d'une étude à l'autre ; la corrélation moyenne est d'environ 0,17 (Orobio de Castro et al., Child Development, 2002). Le livre-enquête de Mathieu Palain, en immersion dans des groupes de parole d'hommes violents, décrit chez eux un déni massif de leur propre violence (Palain, 2023). | Le biais et la violence vont ensemble, et le biais n'est pas un détail : il accompagne le passage à l'acte. | Une corrélation ne dit pas le sens de la cause. Une relation « dose-réponse » (plus de biais, plus de violence) reste à mesurer directement. |